Où l'on goûte à l'aventure, la vraie !
Le lendemain, il est question de belle route et de visite. La ville de Brasov, que nous n'avons fait que contourner à l'allée, le fameux château de Bran (supposé être celui de Vlad Tepes, Vlad "L'empaleur", que Bram Stoker utilisa pour créer le personnages de Dracula), le château de Peles... Il est temps de se cultiver !
Et en fait, non.
Nous partons tôt le matin, enfin pas trop tard. Nous roulons bien jusqu'à Galati, où nous prenons à nouveau un bac pour traverser le Danube. La plaine qui s'ensuit est morne, mais la moyenne est bonne et c'est tout ce qui compte.
Nous parvenons au pied des Carpates orientales en début d'après-midi. Une formalité : la chaîne, que nous comptons traverser d'est en ouest, n'est pas très large à cet endroit. J'avise sur la carte une petite route qui m'a l'air sympathique. Certes, la signalétique Michelin m'indique qu'elle ne doit pas être très roulante, enfin bon, ça devrait le faire.
Dans un premier temps, le bitume se dégrade. Classique en Roumanie. Les grands axes sont souvent mauvais, alors le réseau secondaire...
Le relief apparaît, les villages deviennent charmeurs. De jolies églises/basiliques/trucs religieux avec des croix orthodoxes fichées sur des toits pointus font leur apparition un peu partout, dans une forêt de plus en plus dense. Pour finir, gros doute sur la route à prendre. Le premier choix est bien entendu le mauvais et nous mène dans un cul-de-sac bordé de bâtiments bas et inquiétants qui auraient tout à fait leur place dans Silent Hill ou une reconstitution historique d'un camp de la mort.
Bref, demi-tour jusqu'au croisement précédent. Après consultation de notre pifomètre, la route que nous avions prise inspirait davantage confiance que le second choix. Sauf qu'il n'y a pas de troisième choix, ce qui a l'avantage indéniable de limiter les hésitations. Sauf qu'il y a ce panneau, en rouge et jaune bien pétant, genre un panneau d'avertissement. Parfois, la langue roumaine est évidente pour le français pétri de culture latine. Et des fois, non.
Donc, en avant pour la route du second choix. Le bitume se dégrade encore plus, ce qui ne me semblait pas possible avant de constater que je dois rouler à 30 km/h pour éviter des nids de poule. Enfin, des très grosses poules. La situation se complique lorsque la route se met à monter franchement, à mesure que les bâtiments disparaissent totalement pour laisser place à une forêt dense de sapins sombres et autres feuillus. Et plus la route monte, plus le bitume se dégrade, pour progressivement disparaître. Nous nous retrouvons finalement à faire ni plus ni moins que du offroad total. Il ne s'agit pas d'un gentil chemin de la forêt de Fontainebleau mais bel et bien d'une piste où je me mets à rêver d'un gros 4x4.
Cette route nous semble interminable, surtout qu'il n'y a aucune garantie qu'elle aboutisse quelque part. Sur la carte, je sais que nous sommes entre là et là. Le GPS a rendu les armes depuis longtemps ; quant au réseau GSM, il n'a probablement jamais été question de le faire couvrir cette zone reculée du monde où les ours et les loups sont plus nombreux que les humains.
Au bout d'une grosse heure de montée à travers les paysages les plus sauvages que les Carpates nous aient offerts, en ayant l'impression d'être des explorateurs au fin fond de la Sibérie, notre route croise celle de bûcherons en plein travail. Hasard total, l'un d'eux baragouine le français. A l'aide de deux mots salvateurs, "redescendre" et "ville", j'interroge l'individu en question qui me confirme que oui, "redescendre ville" en poursuivant notre chemin ! Je me voyais mal redescendre tout ce que nous avions vaillamment réussi à monter !
Ainsi, nous poursuivons notre route et profitons d'un retour passager du bitume pour faire une pause photo dans cet océan de forêt impénétrable et de montagnes où la main de l'homme n'a vraisembablement jamais mis le pied.
La descente s'annonce enfin et nous n'étions pas au bout de nos peines ! A nouveau du chemin ravagé, suivi de portions bitumées laissant transparaître l'espoir avant de nous l'ôter à nouveau. Pour finir, une portion de quelques centaines de mètres franchement défoncée qui m'aurait presque fait faire demi-tour si l'heure n'était pas aussi avancée. La perspective de me retaper tout ça à l'envers et dans l'obscurité nous pousse finalement à mener nos montures de 200 kg sur un terrain où leur poids est une infamie de tous les instants.
Telle l'héroïne de "The descent" croyant voir le bout de la grotte alors qu'il ne s'agissait que d'un rêve, nous nous posons en vainqueurs des Carpates à la première terrasse du premier village venu. Sauf que c'est loin d'être fini ; même quand il n'y en a plus, il y en a encore !
Nos efforts sont récompensés par une vue aérienne sur des paysages bucoliques.
Le retour dans la zone urbaine de Targu Secuiesc est brutal, et nous rappelle que le très beau n'est jamais loin du très laid, en Roumanie.
On trouve beaucoup de ces énormes canalisations, un peu partout dans la pampa ; pourquoi s'emmerder à les enterrer, en effet, quand il est tellement plus simple de les faire passer par-dessus les routes ?
Vu l'heure avancée, point de Brasov ni de Bran. Direction maison. La journée a malgré tout été très sympathique, avec cette aventure inattendue à travers les Carpates. N'empêche, si on s'était planté au milieu des montagnes (et la piste délabrée offrait maintes occasions de s'en coller une), ça aurait été beaucoup moins drôle.
Un trail ? Pour quoi faire ? Tous des lowpets !
RépondreSupprimerJ'aime bien -a posteriori- ces petits moments perdus, de -quasi- solitude, où l'esprit vagabonde entre nature, comment allons-nous trouver à manger si nous devons passer la nuit dans cette forêt ?, O bordel ! un nid de pou^W d'autruche !, Ouf, même pas tombé, ça fait combien de temps qu'il n'a pas vu passer une moto française ce sapin ?, la tectonique -pas celle-là, l'autre, celle des plaques- c'est quand même sympa en travaux pratiques, j'ai faim, s'il est passé sans se bourré, je passe //ferme les yeux, un endroit idéal pour faire disparaître un corps, ...
bourrer. ER. Leçon 1. http://wiki.bouchot.org/le%C3%A7on_1/
RépondreSupprimerJe sais même pas comment on a fait pour ne pas se viander. On aurait eu l'air malin tiens, un levier d'embrayage pété, au milieu des Carpates, à la nuit tombante, sans carte précise, sans GPS, sans réseau GSM... :D
RépondreSupprimerQuel épisode ! Et quels warriors :D
RépondreSupprimerles noobs qui partent sans levier de rechange [:haha]
RépondreSupprimerLes noobs sont ceux qui se bourrent [:haha]
RépondreSupprimerje me bourre que sur piste :o
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