Où l'on prend le temps d'introduire le sujet
Par une nuit pluvieuse où les nuages, battus par un vent mauvais, masquaient la Lune et étendaient sur le royaume de Khraÿ-t'Haeil leur ombre déliquescente, alors que les chats eux-mêmes avaient cessé leur garde éternelle, laissant le monde livré aux ténèbres sauvages, l'idée me vint d'envoyer un MP à Jorge : "Ca te dit d'aller en Roumanie ?".
Tandis que l'orage redoublait de férocité aveugle dans une explosion humide et lumineuse, alors que la tempête battait contre les carreaux des maisons oubliées sur les rives du Thÿ-Haies dont les flots écumant évoquaient mille moutons liquides, me parvint la réponse du fond d'Unh-Terd-Nhet : "Mégrav \o/".
Ainsi, les plus longs voyages commencent par un premier pas, comme l'a dit, euh, un mec vachement sage qui avait du temps à perdre pour trouver ce genre de formule qui marque les esprits.
Adoncques il advint que les routes de France me barbèrent définitivement. L'éternelle zone de guerre de 200 km qu'il est nécessaire de traverser pour accéder à des sentes seyant à mes augustes pneus, la lassitude de parcourir toujours les mêmes itinéraires, finirent par me donner envie d'aller voir ailleurs. Je ne savais pas encore que cet ailleurs allait se révéler la pire zone de guerre routière qu'il m'eut été donné de voir.
Et puis la moto, c'est la liberté, comme aimait à me le répéter Ester, ressortissante roumaine perdue en terre germanophone.
| Ester, ma première (et unique) conquête roumaine |
Les préparatifs furent aussi succincts que l'envie de partir était grande : achat d'une TDM pour ménager mon dos de pré-vieux et parce que la bagagerie rigide c'est le bien, établissement d'un road book minimaliste pour l'aller et le retour, consultation de deux guides pour ne pas arriver la gueule enfarinée, et basta ! Aucune résa, avec l'espoir que, hors période de vacances scolaires, on pourrait trouver à se loger facilement à peu près partout.
Et pourquoi la Roumanie ? Et pourquoi pas le Club Merde de Djerba ?
Parce que l'Europe de l'est m'attirait depuis longtemps, parce qu'on peut y aller en moto sans avoir une inutile et salée étendue de flotte à traverser, parce que surtout une gentille interprète m'avait proposé de crècher chez elle.
Partir loin, pour un périple à l'arrache, dans des conditions de confort précaires. Pourquoi hésiter ?
RépondreSupprimerSympa le CR continu :D
RépondreSupprimerJe signe Jorge :D