Petite pause dans notre périple en cette chaude matinée, afin de déambuler à travers Budapest. C'est une belle ville, indéniablement, à l'architecture élégante et froide comme Paris.
| le Parlement hongrois, sacré bâtiment ! où le sacré et le civil se côtoient étrangement ; la Hongrie ne doit pas être un Etat laïc |
| la basilique de Budapest, toute en dorures archi lourdes |
Cette ville m'a beaucoup fait penser à Lyon également : centre-ville bourgeois, traversée par un fleuve, avec des quartiers sur les hauteurs qui méritent le détour :
La Hongrie demeure un mystère pour moi. Si le niveau de vie et l'apparence des villes et des villages n'ont rien de très dépaysant, la langue est déjà une sacrée barrière. Inutile de chercher une racine commune qui permettrait de comprendre vaguement quelques mots : c'est aussi compréhensible que du mandarin.
Cette langue sonne étrangement comme de l'allemand (à cette différence près que je comprends bien l'allemand), même l'architecture est assez germanique... Ma faible culture m'interdit de comprendre pourquoi, mais je subodore quelque lien historique puissant entre la Hongrie et l'Allemagne.
C'est étrange. Je me sens à la fois loin de chez moi du fait de cette barrière linguistique et dans un environnement somme toute familier, "l'occidental way of life" en quelque sorte.
En milieu de journée, nous levons le camp, direction la Roumanie.
Et là, c'est le choc.
Autant le dire sans ambages : l'arrivée en Roumanie me fait l'effet d'une douche froide. Le passage de la frontière, avec son béton défoncé au sol, ses bâtiments désaffectés massivement envahis par la végétation, l'atmosphère post-apocalyptique qui y régnait auraient dû m'alerter. Je ne m'attendais pas à ça, moi qui ne suis jamais vraiment sorti de mon cocon d'opulence occidentale.
Ainsi, une fois la frontière passée, c'est un étalage de villages misérables qui se succèdent le long de la route qui nous mène à Arad, puis à Deva.
Ces villages sont en-dehors des petites cases mentales où je range habituellement le monde. Déjà, ils sont longs, infiniment longs : les maisons donnent toutes sur la route principale et de ce fait s'étalent sur plusieurs kilomètres. Mais surtout, ils sont terriblement pauvres, délabrés, anarchiques. On sent bien qu'aucune autorité n'a veillé au moindre urbanisme. Chacun fait ce qu'il veut, enfin surtout ce qu'il peut à mon avis.
L'unique route qui traverse ces villages est bordée d'une large zone "à tout faire". Au fil des kilomètres de villages, je constate que les gens, très présents le long de la chaussée, font à peu près tout dans cette zone large de plusieurs mètres et souvent bordée d'un fossé profond (servant d'égout) : beaucoup sont posés et discutent, d'autres y ont mis leurs poules, leus vaches, leurs chevaux, leurs cochons. Tout cela, donc, entre les maisons et la route. Et visiblement, les animaux sont habitués car aucun n'a la fâcheuse idée de se jeter sous mes roues, ce qui m'arrange plutôt.
Et encore, ça, ce sont de beaux villages. Les maisons sont colorées et en bon état. La région aux alentours d'Arad et de Deva me fait l'impression d'être sans couleur, triste et anarchique et la ville d'Arad ne dépareille pas. Les mots peinent à retranscrire l'effet qu'elle produit sur moi : un mélange de tristesse, de dépression, de dégoût. Si tu trouves que la vie est trop belle, va à Arad.
Pour parfaire le tableau, Jorge et moi sommes arrêtés à quelques kilomètres d'Arad, pour un dépassement sur des zébras. Pas forcément faux, mais vu la circulation démentielle et la lenteur insupportable sur ces routes toutes droites, aucun motard n'aurait résisté à la tentation d'un tel dépassement. Et puis quand on voit l'agressivité incroyable dont font preuve les roumains sur la route, nous sanctionner par une confiscation du permis (c'est ce qu'ils avaient l'intention de faire !) pour une telle infraction eut relevé du gag le plus mauvais. Après parlementation dans un anglais pitoyable au cours de laquelle je fais état de ma qualité de collègue d'outre-Danube, nous voilà repartis. J'ai hésité à leur demander de prendre la pose pour une photo souvenir et en fait non, trop heureux d'avoir récupéré nos permis, nous filons.
Sympa, l'arrivée, vraiment sympa.
La nuit tombe, tout comme notre moyenne. Les routes sont encombrées de camions qui créent des files interminables de voitures à remonter, avec l'angoisse de croiser de nouveau certains de mes homologues roumains zélés. Nous capitulons à Savarsin alors que nous devions aller jusqu'à Deva.
Grâce à l'aide fort sympathique d'un autochtone, nous trouvons une "pensiunea" fort correcte dans un environnement champêtre charmeur. Le temps de jeter notre barda dans la piaule, direction le gourbi le plus proche : un restau routier où l'accueil est chaleureux, l'alcool décapant, la bière frâiche et la bouffe pas dégueu. Et surtout ce n'est pas cher. Mais pas "pas cher" à la parisienne ; pas cher du genre "3 € par personne pour un pétage de bide plus que syndical". L'alcool et la gentillesse des locaux aident à pondérer la première impression fort peu réjouissante.
Le contraste entre le faste et la splendeur de l'architecture de Budapest, et le sentiment d'abandon, qui pourrait résumer le premier contact avec la Roumanie, m'avait fait oublier que nous étions passés de l'un à l'autre en une journée.
RépondreSupprimerL’enchaînement de villages sans âme, simplement ponctué de quelques bassins industriels à l'abandon;
L'accueil de la maréchaussée sentant bon les usages de république bananière. D'autant plus risible que nous avons vite pris la mesure du civisme ambiant sur les routes, en comparaison duquel "Mad Max" pourrait s'apparenter à "Oui-Oui dans le désert" :
les premières heures en Roumanie sont vraiment rudes.